Identités culturelles régionales ou locales
Eléments de synthèse


Introduction

La culture peut se définir comme un ensemble de traits distinctifs matériels, intellectuels, affectifs, relatifs à des valeurs, des traditions, des croyances, qui caractérisent, pour un groupe social, la manière de vivre ensemble.

  • La culture se trouve ainsi au centre de débats contemporains sur l’identité, la cohésion sociale, l’organisation des pouvoirs et le développement.

Dans nos sociétés de plus en plus marquées par la circulation, la mobilité et la rencontre des cultures, la question de leur cohabitation ou de leur confrontation est posée.

La diversité des cultures est pour le genre humain aussi nécessaire que la biodiversité dans l’ordre du vivant. Le pluralisme culturel constitue la réponse politique au fait de la diversité culturelle et vise à réaliser le respect et la permanence de diverses cultures en même temps qu’il cherche à favoriser l’interaction harmonieuse des cultures.

  • La défense de la diversité culturelle implique l’engagement de respecter les droits de l’Homme et en particulier les droits des personnes appartenant à des minorités : toute personne doit pouvoir s’épanouir dans la culture de son choix. Mais en même temps, la diversité culturelle est aussi un patrimoine commun de l’humanité : les cultures ont une valeur en elles-mêmes et les systèmes de décision publique ont la mission de les promouvoir.


1)    Les cultures régionale ou locales, expression de la diversité culturelle

  • Les cultures régionales et locales sont une expression de la diversité culturelle. La sauvegarde de la diversité culturelle dans un contexte général de nivellement et d’uniformisation correspond à une préoccupation croissante.


2)    Les raisons de promouvoir la diversité culturelle 

  • La promotion de la diversité culturelle se justifie pour deux raisons :
    • reconnaître aux personnes attachées à une culture régionale ou minoritaire la possibilité d’exercer l’intégralité de leurs droits fondamentaux parmi lesquels figurent la liberté de s’épanouir dans sa propre culture. Le respect des cultures régionales et minoritaires est donc une dimension des droits de l’Homme.
    • protéger la richesse culturelle comme patrimoine de tous les citoyens. La diversité culturelle représente donc une préoccupation d’intérêt général. Les cultures régionales et locales doivent être protégées dans l’intérêt de tous.


3)    Les instruments de promotion des cultures régionales et locales

  • Plusieurs instruments sont reconnus de manière très large comme appropriés au soutien des cultures régionales et locales.
  • Au niveau des institutions :  l’octroi d’une autonomie de gestion aux territoires concernés

C’est l’instrument le plus efficace. Les modalités d’organisation de statuts d’autonomie peuvent être variables. On reconnaît de plus en plus la nécessité d’adapter ces statuts aux situations spécifiques : « fédéralisme asymétrique », statuts particuliers,etc.). Dans son rapport 2004 « la liberté culturelle dans un monde diversifié », le PNUD a souligné le rôle du fédéralisme comme instrument de participation et d’intégration des groupes culturels.
Pour être efficace sur le plan culturel, cette autonomie institutionnelle doit établir un authentique pouvoir de décision régional ou local notamment dans les domaines suivants:
-    l’éducation et la formation permanente,
-    les médias (médias publics ; attribution des fréquences radio et télé, etc..)
-    les infrastructures et les crédits culturels
-    le statut linguistique

  • Cet instrument de l’autonomie institutionnelle ou politique peut lui-même ne pas être suffisant dans le cas de cultures régionales ou locales minoritaires sur les territoires où elles sont représentées ou dans le cas de cultures sans territoire spécifique.
  • Au niveau des groupes : l’octroi de statuts de protection aux minorités culturelles régionale ou locales

Il s’agit en particulier d’appliquer la Convention Cadre pour la Protection des Minorités Nationales adoptée par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe le 10 novembre 1994. Les Etats signataires de cette convention doivent, non seulement prohiber les discriminations à l’encontre des personnes appartenant à des minorités culturelles, mais prendre des mesures positives leur permettant de conserver et de développer leurs cultures :
-    accès aux médias et aux institutions culturelles
-    statut linguistique (utilisation des langues minoritaires dans la vie publique et dans les rapports avec les autorités publiques),
-    éducation (enseignement de la langue, de la culture, de la religion, de l’histoire, des traditions des minorités culturelles)
-    coopération culturelle interrégionale et internationale au bénéfice de minorités culturelles régionales et locales.
Ce système de protection est susceptible de trouver, soit une application territoriales, soit une application personnelle. Il suppose cependant des groupes conscients de leur identité et décidés à la préserver.

  • Au niveau des langues et cultures : mise en place d’un statut de protection des langues régionales et minoritaires  

Ce statut est organisé par la Charte Européenne des Langues Régionales ou Minoritaires adoptée par le Conseil des Ministres du Conseil de l’Europe en 1992. Cette charte n’a pas pour objet de protéger des groupes de personnes mais les langues elles-mêmes en organisant un ensemble de mesures de protection et de promotion de ces langues :
-    attribution à ces langues d’un statut dans les institutions publiques et dans l’espace collectif (affichage) ;
-    enseignement de ces langues à tous les niveaux du système scolaire aux personnes qui le souhaitent ;
-    présence de ces langues dans les médias et dans les programmes culturels ;
-    mesures en faveur de l’utilisation de ces langues dans la vie économique et sociale ;
-    coopération transfrontalière en matière de langues régionales ou minoritaires.
Les langues constituent pour la majorité des cultures régionales ou locales le socle essentiel de ces cultures. Dans le conception de la Chartre, ces cultures sont promues en raison de leur contribution à la richesse culturelle globale. Des droits culturels sont ainsi attribués aux cultures elles-mêmes, indépendamment des droits des individus ou des groupes. Ce statut juridique assure ainsi une reconnaissance de la valeur intrinsèque des langues et cultures régionales.

  • Au niveau des personnes : application des droits de l’Homme dans le domaine culturel

Les principes essentiels des droits de l’homme, tels qu’ils sont consacrés par la Convention européennes des droits de l’homme, peuvent être mise en œuvre dans le souci d’une égalité pleine et effective entre les personnes de cultures différentes et donc comme impliquant d’organiser la liberté de pensée, d’expression, de religion, d’association, etc.. de manière à permettre aux personnes disposant d’une culture régionale ou locale de conserver, d’exprimer et de transmettre cette culture.
Une telle compréhension des droits de l’homme implique des actions positives  en vue de la concrétisation de ces droits (conception active des droits culturels, affirmative action, discrimination positive, etc..)
De tels instruments de promotion active des droits de l’homme peuvent conduire à limiter d’autres droits ou libertés :
-    liberté du commerce et de l’industrie,
-    droit de propriété,
-    liberté de contracter.
Il peut s’agir par exemple de mesures instituant des quotas ou réprimant des discriminations.


4) Les défis actuels à la promotion des identités culturelles régionales et locales  

Autrefois, les identités régionales étaient surtout menacées par l’idéologie de développement d’une culture nationale ou d’Etat, supposée être plus large et plus moderne. Aujourd’hui les défis se sont diversifiés.

  • Les tendances vers la centralisation des pouvoirs politiques :
    • Dans certains pays l’autonomie politique et culturelle des territoires tend à être remise en cause au motif de mieux assurer le développement ou la protection contre des « menaces » extérieures : menaces économiques, terroristes, culturelles (globalisation), etc..
  • La mobilité des populations :
    • celle-ci affaiblit les cultures régionales traditionnelles et crée de nouvelles minorités. Les anciennes minorités culturelles locales et les nouvelles minorités culturelles issues de l’immigration sont les unes comme les autres soumises à un processus de nivellement. Elles se trouvent ainsi dans une situation de tension qui peut les conduire à se positionner de manière conflictuelle les unes par rapport aux autres (cette tendance étant parfois favorisée par le pouvoir central ou d’Etat).
  • Le processus de « globalisation » :
    • celui-ci est caractérisé par un avantage massif pour les messages ou produits culturels qui bénéficient d’économies d’échelle et par une valorisation systématique du choix individuel qui soumet la culture aux règles de la consommation.
  • Des conceptions erronées de la « diversité culturelle » :
    • alors que celle-ci implique la cohabitation fructueuse d’une pluralité de traditions culturelles distinctes, chacune portée par une communauté de personnes qui s’y identifient, ce qu’on voit se développer sous cette formule c’est la généralisation, au niveau de chaque individu, de combinaisons et dre mélanges et d’emprunts culturels qui en fin de compte favorisent la confusion et le nivellement.
  • L’urbanisation :
    • Elle favorise l’affaiblissement des institutions productrices de cohésion sociale et crée des individus atomisés, coupés de leurs racines culturelles, qui se trouvent souvent dans une situation de paupérisation sociale et culturelle, même si leur condition économique est améliorée.
  • La complexité croissante des identités culturelles :
    • celles-ci sont conçues comme comportant plusieurs niveaux qui devraient être complémentaires, mais restent souvent concurrents (exemple : niveau local, national, global). Des conceptions trop différenciées de la diversité culturelle peuvent rendre celle-ci ingérable.

 

  • Une vision réductrice de la culture perçue principalement comme un élément de la compétition économique :
    • trop fréquemment, les cultures sont assimilées seulement à des marchés (de films, de disques, etc..) ou à une source d’emplois et de profits. Les spécificités culturelles régionales, tout particulièrement, sont réduites à leur dimension touristiques, folkloriques ou muséologiques. Il se s’agit plus que d’une composante de l’industrie du loisir et du divertissement. Ainsi la dimension structurante de la culture se trouve gommée.
  • La montée des confrontations culturelles (« choc des cultures ») :
    • les traditions culturelles sont perçues de manière croissante comme étant en compétition antagoniste, leurs options respectives, en ce qui concerne un certain nombre de valeurs fondamentales, étant jugées incompatibles et contraires les unes par rapport aux autres.


5)    Quelques pistes pour répondre à ces nouveaux défis
   
Il faut inventer de nouvelles stratégies pour répondre à ces nouvelles interrogations. Les institutions publiques sont encore en recherche. Quelques orientations peuvent être suggérées.

  • Contrer l’individualisme généralisé : favoriser le sentiment de communauté et de     solidarité (c’est l’esprit du courant « communautarien ») : restaurer les sentiments de responsabilité des individus par rapport à la société et à la culture dont il font partie.
  • Utiliser les statuts juridiques et les instruments institutionnels : permettre aux communautés culturelles régionales ou locales de prendre ou de conserver conscience d’elles-mêmes et de leur patrimoine culturel. Adapter les statuts institutionnels à cet effet.
  • Faire prendre conscience à chaque communauté particulière qu’elle est une composante d’une communauté plus large. Organiser à cette fin le dialogue interculturel.
  • Favoriser des « alliances » entre anciennes minorités (régionales ou locales) et nouvelles minorités (sociales ou issues de l’immigration) contre le processus de nivellement culturel lié à la globalisation.
  • Mettre en œuvre le principe « donner pour recevoir » et le cercle vertueux « loyauté/générosité » : la majorité reconnaît la minorité et lui donne des avantages ; réciproquement, la minorité reconnaît la majorité et respecte les règles qu’elle fixe. Plus la minorité est loyale, plus la majorité est généreuse et réciproquement.
  • Inventer de nouvelles formes pour la décentralisation et l’autonomie culturelle. Recourir à l’instrument des contrats ou des « conventions d’autonomie culturelle » conclues entre le pouvoir central et les institutions régionales ou locales.
  • La confrontation des expériences concrètes doit aider le débat à progresser au plan européen.